Collège des médecins du Québec : protéger le public, ou fermer la porte ?

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Le 17 octobre 2025, des médecins du Québec ont fait quelque chose de rare. Réunis en assemblée générale extraordinaire, ils ont voté à 82 % une motion de blâme contre le président de leur propre Collège.
Quand ce sont les médecins eux-mêmes qui contestent leur ordre, on peut au moins se permettre de poser des questions. Moi, j'en ai quelques-unes.
D'abord, ce sur quoi on s'entend
Le Collège des médecins du Québec a une mission claire : encadrer la pratique médicale et protéger le public. Sur le principe, je n'ai rien à redire. Un système de santé sans régulation serait ingérable, et des charlatans, il y en a. Je suis le premier à les dénoncer.
Mais quand on s'éloigne du principe pour regarder comment les choses se passent vraiment, le terrain devient plus inconfortable.
Contesté de l'intérieur
Revenons à cette assemblée d'octobre 2025. Les médecins reprochaient à leur président d'avoir déformé, selon eux, l'esprit d'un article de leur code de déontologie, dans le conflit sur leurs moyens de pression. La motion de blâme a été adoptée à 82 %. Une autre proposition, pour créer une procédure de destitution du président et des administrateurs, a été adoptée à 81 %.
L'assemblée ne pouvait pas imposer le blâme elle-même : elle devait le transmettre au conseil d'administration. Quelques jours plus tard, la presse rapportait qu'il n'y aurait pas de blâme à l'endroit du président.
Je ne prends pas parti dans ce conflit entre médecins. Je constate seulement qu'une institution qui protège le public a aussi ses propres angles morts. Et que ceux qui les voient le mieux, parfois, ce sont ses membres.
En France, on est allé jusqu'à dissoudre
Le Québec n'est pas seul. En France, un rapport de l'Inspection générale des finances a relevé une gouvernance « opaque » et des dysfonctionnements « structurels » au conseil de l'Ordre des médecins de Paris. Le 13 avril 2026, l'Agence régionale de santé d'Île-de-France en a prononcé la dissolution.
Et ce n'était pas fini. En juin 2026, le rapport de l'IGF proposait d'étudier deux scénarios de « transformation profonde » des ordres de santé, dont un où l'État reprendrait leurs missions. Un « séisme pour les ordres », selon la presse spécialisée.
En Belgique, l'Ordre des médecins assure ne pas être dans la même situation, mais il prépare lui aussi une réforme. Les contextes sont différents. Les questions, elles, se ressemblent : transparence, gouvernance, capacité à se remettre en question.
La rupture silencieuse
Il y a une autre réalité, dont on parle beaucoup moins. Beaucoup de gens, au Québec, consultent à la fois leur médecin et quelqu'un comme moi. Parfois une fois, parfois régulièrement. Souvent sans le dire à personne.
Le cadre actuel ferme la porte à tout dialogue entre les deux. Mais fermer la porte ne fait pas disparaître la réalité. Ça la déplace. Le patient se retrouve seul, à faire le lien entre deux mondes qui ne se parlent pas. De l'information se perd. Des décisions peuvent se contredire. Et personne ne coordonne rien.
Je trouve ça dommage, et franchement, pas très protecteur pour le public.
Ce que j'en ai vécu
Ce décalage, je ne l'ai pas lu dans un rapport. Je l'ai vécu. En 2023, une décision a été rendue contre moi à la suite d'une poursuite du Collège, pour des formulations de mon site. Aucune plainte de patient. Aucun préjudice démontré. J'explique ce que dit la loi, et où passe la ligne, dans ce que la loi permet à un guérisseur au Québec.
Avant ça, l'émission JE m'avait tendu un piège en visioconférence, puis avait ignoré mon dossier et mon offre d'entrevue. Je le raconte dans ce que l'émission JE n'a pas montré.
Je vais dire ce que je pense. Un cadre conçu pour protéger le public sert aussi, dans les faits, à fermer la porte à toute autre façon de soigner. Les mots de la loi sont si larges qu'ils attrapent le charlatan et l'honnête homme dans le même filet. Et pendant ce temps, à Genève, des soignants appellent des coupeurs de feu à distance aux urgences, avec l'accord des patients. Je l'explique dans les coupeurs de feu et les hôpitaux de Genève.
La vraie question
La question n'est pas de savoir qui a raison. Elle est de savoir comment on gère l'espace entre ce qui est reconnu et ce qui est vécu. Un espace que les patients occupent déjà, que le système encadre peu, et qu'ignorer rend seulement plus opaque.
Alors je la pose simplement : comment adapter un cadre conçu pour protéger, à une réalité qui ne correspond plus toujours à ses limites ?
Je reste ouvert à en discuter avec qui le veut, médecin, chercheur, journaliste ou membre du Collège. Mon cadre est écrit, noir sur blanc, sur ma page cadre éthique, décision de 2023 et reportage de JE. Pour une entrevue ou un échange, écrivez-moi par ma page de contact.
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