Collège des médecins au Québec : entre encadrement, éthique et rupture silencieuse dans le parcours des patients
- Martin Ladouceur

- il y a 2 jours
- 4 min de lecture

Un cadre essentiel… mais de plus en plus questionné
Depuis quelques années, quelque chose bouge. Pas forcément de manière spectaculaire, pas toujours visible au premier regard, mais suffisamment pour que de plus en plus de professionnels, de patients et d’observateurs commencent à se poser les mêmes questions.
Au Québec, le Collège des médecins du Québec occupe une place centrale dans le système de santé. Son rôle est clair, nécessaire, même incontournable : encadrer la pratique médicale et protéger le public. Sur le principe, il n’y a pas de débat. Un système de santé sans structure de régulation solide serait tout simplement ingérable. Mais lorsqu’on s’éloigne du principe pour regarder le fonctionnement réel, le terrain devient plus nuancé. Et parfois, plus inconfortable.
Ce qui frappe d’abord, c’est la distance. Une distance administrative, presque structurelle, entre l’institution et la réalité vécue par les gens. Les mécanismes sont complexes, les processus sont longs, les décisions sont souvent difficiles à lire de l’extérieur. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi — la rigueur demande du temps — mais cette complexité crée un effet secondaire bien réel : elle rend le système difficile à comprendre, et parfois difficile à suivre.
Dans ce contexte, une tension apparaît. Subtile, mais persistante.
D’un côté, une mission de protection du public. De l’autre, une structure qui doit encadrer ses propres membres, avec ses règles, ses contraintes, ses mécanismes internes. Entre les deux, une ligne fine, parfois floue, qui alimente certaines perceptions. Pas forcément des accusations, mais un sentiment diffus que le système fonctionne selon une logique qui n’est pas toujours transparente pour ceux qui sont à l’extérieur.
Et ce questionnement ne se limite pas au Québec. En France, l’Ordre des médecins est régulièrement critiqué sur sa transparence. Il n'y a pas si longtemps, Le gouvernement français a demandé d’étudier une dissolution de l’Ordre des médecins de Paris. En Belgique, l’Ordre des médecins de Belgique fait face à des reproches similaires, L’IGF recommande la dissolution de cette instance. Les contextes sont différents, mais les observations se recoupent : lourdeur, perception de fermeture, difficulté d’adaptation.
Ce n’est pas un hasard.
Éthique médicale et réalité du terrain : une zone grise qui s’installe
Au-delà de la structure, il y a une dimension plus profonde, souvent moins discutée : l’éthique médicale elle-même.
La médecine repose sur des fondements anciens, dont certains remontent à la tradition hippocratique. Le principe du primum non nocere — d’abord, ne pas nuire — associé à Hippocrate, reste aujourd’hui encore une référence implicite dans la pratique. Agir dans l’intérêt du patient, éviter de causer du tort, s’appuyer sur des approches sécuritaires : ces bases ne sont pas remises en question.
Mais la réalité contemporaine introduit une zone plus complexe.
Que se passe-t-il lorsqu’un patient utilise une approche qui ne fait pas partie du cadre médical reconnu, mais qu’il en retire un bénéfice réel, ou du moins perçu comme tel ?
Que fait le médecin dans cette situation ?
Le cadre actuel est clair : il limite fortement toute intégration, recommandation ou collaboration officielle avec des pratiques non reconnues. Et dans cette logique, des approches comme le magnétisme thérapeutique ou les interventions de coupeur de feu se retrouvent exclues du dialogue médical. Mais cette exclusion ne fait pas disparaître la réalité. Elle la déplace.
Parce que dans les faits, ces pratiques existent. Elles sont utilisées.
Parfois ponctuellement, parfois régulièrement. Et souvent, en parallèle du système médical traditionnel. C’est là que la rupture s’installe.
Cette absence de reconnaissance ne signifie pas nécessairement une absence d’utilisation par la population. Elle crée plutôt une zone de rupture entre le système médical encadré et certaines pratiques parallèles, laissant les patients naviguer seuls entre différentes approches sans coordination réelle.
Ce que ça veut dire, concrètement, c’est qu’une personne peut consulter un médecin, puis consulter ailleurs, sans que les deux mondes ne se parlent. Sans pont. Sans cadre. Sans coordination.
Et ce vide, ce n’est pas un détail.
Parce que dans cet espace, il peut se perdre de l’information. Il peut y avoir des décisions contradictoires. Et surtout, il peut y avoir une forme d’isolement du patient, qui doit lui-même faire les liens entre des approches qui ne communiquent pas entre elles.
Tensions internes et expérience terrain : un système déjà en mouvement
À cela s’ajoute une autre réalité, plus récente, mais tout aussi révélatrice : les tensions internes.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de portrait global clair des recours dirigés contre le Collège des médecins du Québec. Les contestations sont généralement individuelles, ponctuelles, souvent complexes à porter.
Mais à certains moments, ces tensions deviennent visibles.
Selon des informations relayées publiquement, près de 3 000 médecins auraient participé à une démarche interne visant à exprimer un désaveu envers la gouvernance du Collège, avec une majorité largement supérieure à 80 % en faveur de cette position. Ce type de mobilisation, dans un cadre aussi structuré, est loin d’être anodin. Il ne s’agit pas d’une rupture. Il ne s’agit pas d’un rejet global.Mais cela révèle une chose importante : le débat existe aussi à l’intérieur du système.
Et lorsqu’un système commence à être questionné à la fois de l’extérieur et de l’intérieur, ce n’est généralement pas un hasard.
Dans mon propre parcours, cette réalité ne s’est pas imposée comme une théorie, mais comme une expérience concrète. En tant que guérisseur-magnétiseur coupeur de feu, j’ai été directement confronté à ce décalage entre le terrain et le cadre officiel. Je ne parle pas ici d’opposition, ni de confrontation idéologique. Je parle d’un constat. Il existe aujourd’hui un espace entre ce qui est reconnu et ce qui est vécu. Un espace que les patients occupent déjà.Un espace que le système, pour l’instant, encadre peu.
La question n’est donc peut-être pas de savoir qui a raison.
Elle est de savoir comment on gère cet espace.
Parce qu’ignorer une réalité ne la fait pas disparaître. Au contraire, cela tend à la rendre plus opaque, plus difficile à encadrer, et parfois plus risquée. Le Collège des médecins du Québec joue un rôle essentiel. Mais comme toute structure, il évolue dans un contexte qui change.
Et dans ce contexte, il devient légitime de se poser une question simple, mais fondamentale :
comment adapter un cadre conçu pour protéger, à une réalité qui ne correspond plus toujours aux limites de ce cadre ?
Vous désirer une entrevue ou discuter du sujet, n'hésiter pas à communiquer avec moi!





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